Compte-rendu d’expérience «Sécurité de la médication»

Une médecine sûre appliquée avec discernement

Depuis 1999, la Fondation EQUAM certifie les médecins, les cabinets médicaux et les ré-seaux de médecins. Pour certains, la certification est une bête noire et un auditeur n’est pas toujours accueilli à bras ouverts au cabinet médical. En effet, Il s’agit d’une personne qui est derrière les employés, qui pose des questions et qui coûte un temps précieux au cabinet. Pourtant, un regard extérieur neutre est indispensable pour procéder à une analyse sérieuse. Et comme le montrent les retours, il s’agit d’un bon investissement.

Interview avec:

      

Dr Christian Marti (ChM), généraliste-interniste, auditeur de la Fondation EQUAM
Dr Andrea Schindler (AS), codirectrice du cabinet Bubenberg AG


M. Marti, pourquoi vous intéressez-vous particulièrement au programme de la sécurité de la médication?
ChM:
Les patientes et patients complexes[1] et leur médication sûre sont au cœur de ce programme. Il est essentiel de les inclure. Ils doivent exiger que tout changement de médication soit inscrit sur leur plan de médication. Ces patientes et patients qui consultent un médecin ou qui se rendent à l’hôpital doivent toujours avoir leur plan de médication sur eux. Les médecins doivent vérifier régulièrement avec eux s’ils ont encore besoin de tous les médicaments mais aussi s’il n’y a pas de lacune de traitement. La priorité est d’offrir une médecine sûre appliquée Avec discernement.

AS: Depuis des années, le cabinet Bubenberg se soumet au contrôle de la Fondation EQUAM et ainsi, n’a pas cesser de s’améliorer. Personnellement, je perçois un gros potentiel dans ce programme. Le plan de médication constitue pour moi un élément important. Est-il mis à jour régulièrement ou comparé avec la liste de diagnostics? Le plan de médication représente un outil important pour les médecins mais aussi pour les patients. Ils ont ainsi une vue d’ensemble de la médication et de la posologie et sont sensibilisés à ce sujet. Les patients gagnent en autonomie au quotidien. Nous le remarquons aussi à l’interface vers l’hôpital: si des médicaments y sont prescrits, nos patients se manifestent chez nous pour adapter la liste de médication ou bien nous leur en parlons activement.

ChM: On voit aussi que l’ensemble de l’équipe du cabinet est impliqué. Plus un cabinet médical est grand, plus un nombre important de médecins (y compris externes au cabinet) participent au traitement, et donc plus la médication sûre constitue un défi. Les rôles et compétences entre le médecin et les assistantes médicales doivent être définis et documentés. Par exemple, comment procéder si un patient veut simplement renouveler son ordonnance de médicaments, mais sans consultation?


 Quels sont les avantages apportés par une certification «Sécurité de la médication» d’un médecin? Qu’apporte-t-elle aux patientes et aux patients?

ChM: Le processus de certification exige une certaine systématique. Les dossiers des patientes et patients complexes sont mentionnés comme tels. Ces derniers sont pris en charge selon des règles de sécurité spéciales; p. ex., une justification médicale est notée pour chaque médicament permanent avec une évaluation sur l’efficacité de ce médicament.
Si le médecin envisage un échantillon des patientes et patients complexes, que ce soit seul ou avec l’auditeur, il obtient une vue d’ensemble. Généralement, des failles de fonctionnement apparaissent alors.
La patiente ou le patient reçoit un traitement médicamenteux pertinent et le plus sûr possible, qu’elle ou il est aussi en mesure de comprendre.


Quels sont les défis et les valeurs les plus importantes dans le rôle d’un auditeur?

ChM: Sur place, je vérifie le fonctionnement de la mise en œuvre des directives ou des règles de sécurité. Cette étape se déroule sur un pied d’égalité, entre médecins expérimentés. J’ai acquis cette exigence déterminante en tant que responsable des cercles de qualité: creuser le problème en faisant preuve de respect et en s’axant sur la solution. Il ne s’agit jamais de ridiculiser quelqu’un mais plutôt d’apprendre quelque chose et de s’améliorer.

AS: L’audit était de qualité et les conversations professionnelles avec l’auditeur étaient bienveillantes. Nous avons évoqué les erreurs et leur gestion de manière constructive et j’ai pu en tirer quelques leçons pour le quotidien du cabinet.


Une grande partie de l’audit se déroule sous la forme d’une revue par les pairs. De quoi s’agit-il?

ChM: Il s’agit d’une sorte d’état des lieux incluant un expert. L’étape suivante est un plan de mesures pour développer la sécurité de la médication au niveau du médecin et du cabinet.


Quels retours obtenez-vous des médecins?

ChM: On reçoit souvent les trois remarques suivantes:
«Je suis convaincu que le traitement de mes patientes et patients est devenu plus sûr
«Les débuts demandent bien sûr un peu d’effort. Cela prend du temps d’obtenir une vue d’ensemble mais une fois qu’on l’a, tout le monde gagne du temps au cabinet
«J’ai beaucoup appris


Quels sont selon vous les plus gros obstacles à une certification?

ChM: Pour un réseau de médecins, la certification EQUAM est pertinente sur le plan financier. En effet, certaines assurances-maladie prennent en compte la certification EQUAM pour les contributions. Or la motivation intrinsèque est déterminante pour une certification. Si un médecin doit obtenir la certification sur la demande du réseau mais sans en percevoir le sens, ce sera difficile pour moi en tant qu’auditeur.


Quelles sont les conclusions tirées par les médecins du programme de certification?

ChM: Pour les patients particulièrement à risque, il est judicieux de développer des normes spéciales ou des routines et de clarifier les rôles et responsabilités au sein du cabinet. De plus en plus de cabinets découvrent que l’assistante du cabinet peut se charger de certaines tâches comme la comparaison des médicaments pour libérer ainsi le médecin. L’EQUAM ne donne pas de directives sur la façon dont un cabinet doit gérer ses processus. L’objectif est de parvenir à la plus grande sécurité de la médication possible. Il existe beaucoup de moyens pour y parvenir.

AS: Je suis ravie que nos médecins du cabinet se soient penchés sur le thème de la sécurité de la médication. Il permet de combler les lacunes et de fournir des recommandations et outils concrets. Chaque cabinet doit ensuite les mettre en œuvre dans la mesure du possible. Chez nous, nous avons ainsi procédé à des ajustements dans notre logiciel, ce qui facilite notre travail quotidien. Nous avons également désigné une coordinatrice (assistante médicale) au cabinet qui s’occupe de la certification et qui joue le rôle d’interlocutrice pour nous en interne et pour la fondation EQUAM.


[1] Polymorbides, polymédiqués ou traités avec des médicaments à risque